Les photographies de la photographe chilienne Paz Errázuriz sont exposées jusqu’au 23 décembre à la Maison de l’Amérique Latine.

, par Karyne Florid Gasparini

Les photographies de la photographe chilienne Paz Errázuriz sont exposées jusqu’au 23 décembre à la Maison de l’Amérique Latine.

Cette artiste a survécu à la dictature de Augusto Pinochet, lorsqu’il était impossible de sortir de chez soi pendant des semaines de couvre-feu.
La photographe raconte dans un petit film présenté à l’exposition, que lors de ces longues périodes d’enfermement forcé, pour échapper à l’ennui, elle photographie, des journées entières l’animal de la famille : une poule joyeuse et bien vivante.
Ainsi débute sa carrière de photographe.

Elle prendra alors le risque de sortir de chez elle avec son appareil photo. Elle photographie sans autorisation, des maisons de prostitution en marge de la société, de jeunes boxeurs, blessés, épuisés que les femmes ne pouvaient pas approcher sans permission, des femmes violées par l’armée au Guatemala de Sepur Zarco, les « abuelas » indigènes survivantes de la tribu Kawésqar, des personnes enfermées dans les hôpitaux psychiatriques, et des femmes emprisonnées.

Paz Errázuriz se tourne ensuite vers l’adolescence,
Elle photographie la mode des années 80, des jeunes habillées de seconde main du prêt à porter issu du trafic venu des EU sous Pinochet. Ces vêtements actuellement recouvrent le désert d’Atacama.

Elle photographie aussi son fils pendant quatre ans au même endroit contre un mur. Saisir sur un visage familier, ce qui change et ce qui ne change pas.

Puis à nouveau des femmes, toujours des femmes qui posent comme pour des photos d’identité. Mais quelle identité ? Paz Errázuriz scrute et dévoile les corps singuliers de ces personnes marginalisées, violentées et annulées par la dictature.
A travers ces clichés en noir et blanc ou en couleurs, surgissent des corps d’une beauté singulière, attachants, hors des conventions.
Ce sont des corps épuisés, fragilisés, surprenants mais bien vivants, résilients, remplis de désir, de tous les âges et de tous les genres.
Ce sont des corps que Paz Errázuriz photographie au fil du temps et qu’elle sublime par son art à la fois brut et rempli d’humanité. Avec son objectif elle résiste et tente de répondre à la question -Qui suis-je quand on m’assigne à n’être plus rien, mais qu’il me reste un corps ?

Karyne Florid Gasparini

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